Plaisir, bonne bouffe, repas en famille, pourquoi ne pas en profiter pour « faire des achats de produits locaux, fabriqués et produits au Québec »
On ne peut y échapper, les campagnes de promotion de l’achat local sont omniprésentes : localvore veut dire acheter québécois et avoir en horreur le transport sur de longues distances des aliments, donner un appui inconditionnel au développement durable et au soutien de l’emploi chez nous. Il y a moins de dix ans, on parlait très peu que nos producteurs agricoles pouvaient nourrir son propre marché domestique.
Le mouvement de soutien de la production locale des aliments semble mondial. On ne compte plus les appellations, certifications et labels européens de toutes sortes. Toute l’Europe prône désormais une consommation locale. Aux États-Unis, on remarque une croissance de divers logos affichant la provenance de l’État. On a simplement à visiter les nombreux sites Internet en ligne pour comprendre l’ampleur du phénomène.
Au Québec, le gouvernement veut injecter plus de 14 millions pour les trois prochaines années pour soutenir une stratégie de développement pour amener le consommateur québécois à accorder la priorité aux produits du Québec dans leur décision d’achat . Il vise principalement à soutenir le groupe Aliments du Québec, un organisme sans but lucratif voué à la promotion des produits québécois.
Mais afficher la provenance a-t-il un effet au moment des achats par les consommateurs? Est-ce une bonne stratégie de communication au point de vente pour les producteurs québécois?
Selon une étude réalisée par la Chaire Bombardier de gestion de la marque de l’Université de Sherbrooke, les résultats sont sans équivoques : « les produits alimentaires affichant fièrement leur provenance locale sont plus susceptibles de se retrouver dans les assiettes des consommateurs». Selon cette même étude, 70% des répondants ont affirmé faire moyennement ou beaucoup d’efforts pour acheter des produits faits au Québec et 64% se disent prêts à payer plus cher pour des produits alimentaires québécois.
Par contre, il ne semble pas facile pour le consommateur de s’y retrouver. La promotion des produits du Québec ne s’effectue pas seulement au niveau du groupe Aliments du Québec. Depuis quelques années, on remarque des campagnes de promotion régionales, entraînant une prolifération de messages et de logos divers (Saveurs Bas St-Laurent, Savoir-faire île d’Orléans, etc.). À cette tendance, on doit aussi ajouter le phénomène des marques de commerce qui mettent le bénéfice associé à la provenance régionale directement dans leur nom de marque : Boeuf Gaspésie,Le Ciel de Charlevoix, Veau saveur Charlevoix, etc.
Dans une récente étude du chercheur Raymond Bourgault, professeur de marketing à l’Université du Québec en Outaouais, l’identification du lieu d’achat régional sur un produit favoriserait l’achat du produit. Le chercheur a répertorié plus de 1 000 articles scientifiques et la plupart confirment que le « lieu de production » influence le choix des consommateurs. Ses résultats se basent sur le biais ethnocentrisme, qui fait préférer les produits de son ethnie, donc d’un groupe d’appartenance, à ceux des autres ethnies. Les Québécois préfèrent acheter des produits qui appartiennent à leur région, à la province et ensuite en provenance d’une autre région. Des informations pertinentes pour accroître les ventes de produits alimentaires québécois sur les tablettes des détaillants!
Selon le chercheur, le lieu de production affiché sur l’étiquette du produit est une stratégie gagnante, car elle ne nuit pas à la province. Il existe une hiérarchie naturelle de l’achat local (région). Le sentiment d’appartenance est présent, nous n’avons qu’à le stimuler. Plus le sentiment d’appartenance et de solidarité à notre région est fort, plus le consommateur va percevoir le produit comme étant meilleur. Seul le logo sur l’emballage et non uniquement sur la tablette du détaillant peut l’assurer. Par contre, il faut le répéter en magasin par de l’affichage.Le logo sur l’emballage est essentiel, car souvent les affiches ou pancartes sont déplacées dans le magasin.
Dans le choix des produits, les produits locaux apparaissent dans le haut de la liste au moment de faire un choix en magasin. Ce phénomène serait attribuable à notre héritage culturel francophone, soit à notre attitude protectrice à l’égard du petit producteur. Les Québécois ne veulent pas perdre ce qu’ils connaissent.
Localvore: mode ou tendance?
L’achat « local ou terroir » nous apparaît un phénomène de tendance plutôt qu’une mode pour le marché québécois. Nous constatons aussi que l’offre de produits se réclamant du terroir et du local ne fait qu’exploser depuis quelques années.
Par conséquent, l’utilisation abusive de ce bénéfice-produit par les industriels va-t-elle en venir à éloigner le consommateur de ces mêmes produits alimentaires? Comment peut-on différencier le vrai du faux local, régional, terroir, artisan, fermier, traditionnel, authentique, etc.? Tout simplement en prenant le temps de bien lire l’étiquette nutrionnelle (si vous n’y comprenez rien et que la liste des ingrédients s’allongent de façon démesurée, c’est qu’il y a un problème) et en regardant attentivement le lieu de production et de transformation du produit.
Joyeux Temps des Fêtes à tous les localvores 2010!
Denise Drolet
Mots-clefs : Produits locaux, terroir
